Lipoedème et alimentation anti-inflammatoire : que croire ?
Quand j’ai su que j’étais atteinte de lipoedème, j’ai immédiatement cherché des moyens de contenir la maladie. Et des témoignages qu’il était possible de la faire régresser.
J’ai lu que pour le lipoedème, l’alimentation anti-inflammatoire était conseillée.
Je m’intéressais déjà depuis quelque temps à l’alimentation réduite en glucides.
Je venais de lire le Code de l’obésité de Jason Fung (très instructif d’ailleurs).
Mon intérêt pour la glycémie avait commencé quelques mois plus tôt en lisant le fameux Faites votre glucose révolution de Jessie Inchauspé.
Je sentais que j’avais trouvé là une réponse à ces satanés kilos qui ne voulaient pas partir (je ne savais pas que j’avais du lipoedème).
Entrer en nutrition comme on entre en religion
Aussitôt, j’ai embrassé la cause.
Je disais que les glucides, c’était le mal.
J’ai découvert aussi l’alimentation cétogène, le kéto.
Et hop, je me suis dit que c’était la meilleure façon de manger, la plus saine.
J’ai fait un détour par le paléo et je me suis dit que c’était la manière naturelle de manger pour l’homme.
J’en parlais un peu avec mon conjoint. J’assenais mes vérités et je ne comprenais pas qu’il ne soit pas emballé.
Grand sportif, il était blessé depuis un moment. Et je me disais que limiter les glucides ou opter pour le jeûne intermittent pourrait l’aider.
Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’était pas très impressionné.
Il m’a dit (et j’ai pris la mouche à l’époque) que je considérais que tout le monde devait manger pareil, alors qu’on avait tous des métabolismes différents.
Et que j’étais extrême dans mes prises de position. Que je découvrais un truc et hop, c’était parole d’évangile.
Je sais qu’il me trouve très influençable, pour ne pas dire crédule.
Mais on ne va pas se mentir, on est beaucoup plus influençable quand on a des problèmes de santé, quand on a l’impression de n’avoir aucun contrôle sur son corps et qu’on recherche vainement des solutions.
Lui, il est mince, musclé, sportif. Il ne sait pas ce que c’est de vivre avec un corps qui nous échappe.
Pour autant, aujourd’hui, je suis d’accord avec lui.
On n’a pas tous le même métabolisme.
Certains réagissent mal aux produits laitiers et d’autres non.
Certains ne supportent pas la tomate et pour d’autres, ça passe crème.
Et dans le traitement du lipoedème comme ailleurs, il faut se méfier des plans tout faits, qu’on présente comme des méthodes infaillibles.
Alors c’est quoi l’alimentation anti-inflammatoire pour le lipoedème?
Ben c’est une bonne question et la réponse, très frustrante d’ailleurs, c’est : ça dépend.
De ce que j’ai vu en traînant mes guêtres sur les réseaux sociaux, certaines femmes se sentent mieux en mangeant :
- carnivore (en gros du gras et des prot’, sans glucides)
- cétogène (avec max 20 à 50g de glucides par jour, selon les études) ;
- low carb (moins de 100-150g de glucides par jour)
- “anti-inflammatoire” (en gros proche du régime méditerrnéen).
Tu vas certainement trouver sur internet des listes d’aliments anti-inflammatoires. Mais la vérité, c’est que dans le cas du lipoedème, il n’y a pas de consensus (ni dans la population générale d’ailleurs). Mais c’est particulièrement le cas pour les femmes atteintes de lipoedème.
Voilà ce que je retiens de mes lectures.
L’inflammation n’est pas mauvaise en soi
L’inflammation n’est pas intrinsèquement mauvaise : elle fait partie des mécanismes normaux de défense et de réparation. Le problème concerne l’inflammation chronique de bas grade.
Mais l’inflammation n’est pas un phénomène unique : ses causes varient selon les individus (résistance à l’insuline, maladies auto-immunes, dysfonction intestinale, stress, etc.).
Lipœdème = inflammation systémique ? Une équation trop simple
Contrairement à l’idée reçue selon laquelle « lipœdème = inflammation systémique », les recherches montrent un tableau plus complexe : le tissu lipœdémateux présente souvent une prédominance de macrophages de type M2 (associés à la réparation plutôt qu’à l’inflammation classique de type M1).
Certaines études suggèrent même que le tissu adipeux du lipœdème pourrait être « métaboliquement protégé » dans certains cas (résistance à l’insuline plus faible dans une étude de population). Cela ne nie pas la souffrance et la fibrose réelles, mais contredit le raisonnement simpliste menant à recommander les mêmes aliments anti-inflammatoires à toutes les patientes.
Du labo à l’assiette : le grand écart entre science et marketing
Beaucoup d’affirmations sur les aliments anti-inflammatoires proviennent d’études sur des cellules isolées, des animaux ou des composés purifiés à doses irréalistes. En gros, elles ne sont pas réalisées sur des aliments consommés normalement par des humains. L’exemple de la curcumine (mal absorbée) illustre l’écart entre effet en laboratoire et effet réel chez l’humain.
Et les études sur le lipœdème ?
Il existe des études (régimes cétogènes, méditerranéens, hypoglucidiques) montrant des améliorations de la composition corporelle, des marqueurs inflammatoires ou de la qualité de vie, mais elles restent limitées, petites et souvent issues des mêmes équipes.
Aliments miracles : seuls, il n’y a rien de miraculeux
Les preuves les plus solides concernent des schémas alimentaires globaux (type méditerranéen : légumes, fibres, poissons, bonnes graisses) plutôt que des aliments « miracles » isolés.
L’effet d’un aliment dépend du repas complet, de la quantité, du moment du repas et de l’état biologique de la personne (sommeil, cycle menstruel, stress, état du microbiote intestinal, sensibilité à l’insuline, équilibre hormonal, etc.).
Le piège des listes de « bons » et « mauvais » aliments : quand la nutrition devient un fardeau
Diviser les aliments en « bons » et « mauvais » peut engendrer peur alimentaire, culpabilité et isolement social, sans bénéfice prouvé. C’est plutôt bof dans une communauté de patientes déjà stigmatisées et blâmées pour leur corps.
Les aliments dont on peut se passer
Il y a quand même des catégories d’aliments qui sont souvent plus pro-inflammatoires que d’autres et ça, chez la majorité des gens. Pas juste les personnes atteintes de lipoedème.
Les sucres ajoutés
Les sucres ajoutés dans les produits industriels mettent le corps dans un état d’inflammation permanente et silencieuse. Par exemple, le sirop de glucose-fructose, présent dans presque tous les sodas, jus de fruits industriels et sauces : le foie ne sait pas le traiter en grande quantité et déclenche une réaction qui irrite les tissus en profondeur.
Le sucre blanc classique produit le même effet à force de répétition. Le dextrose, le sirop de maïs et le sucre inverti (noms moins connus mais très fréquents sur les étiquettes) agissent exactement pareil.
Les produits ultra-transformés
En soi, cette catégorie regroupe quasiment tous les produits les plus problématiques.
Les produits ultra-transformés sont des aliments tellement modifiés en usine qu’ils ne ressemblent plus à leur matière première d’origine. Plats préparés, chips, nuggets, soupes en sachet, biscuits industriels : leur point commun est une liste d’ingrédients très longue, remplie de substances que l’on ne trouverait jamais dans une cuisine normale.
Ce qui pose problème, c’est leur cocktail d’additifs : les huiles végétales raffinées comme l’huile de palme ou de tournesol industrielle déséquilibrent le corps et créent de l’inflammation.
Les émulsifiants, comme la lécithine de soja ou les carraghénanes, irritent la paroi intestinale et perturbent le microbiote, ce qui déclenche une réaction inflammatoire.
Les colorants, conservateurs et arômes artificiels sont des substances étrangères que le corps ne reconnaît pas et traite comme une menace.
Ajoute à cela des doses massives de sel, de sucre et de graisses combinées artificiellement, et voilà des » aliments » qui surexcitent le système immunitaire en continu.
Les huiles industrielles
C’est quelque chose dont je ne me doutais pas quand j’ai commencé à me renseigner sur l’inflammation et le syndrôme métabolique.
Quand j’étais petite, on utilisait surtout de l’huile de tournesol. Ma mère a eu sa période margarine aussi. Et je me souviens que mon père faisait cuire les frites maison dans de la Végétaline.
Et pourtant, les huiles industrielles sont une cata pour l’organisme.
Eh oui, toutes les huiles ne se valent pas.
Certaines, fabriquées industriellement, sont transformées à très haute température et avec des solvants chimiques. Ce processus détruit leurs bonnes propriétés et crée des substances que le corps interprète comme une agression.
Le problème principal concerne les oméga-6.
L’huile de tournesol, l’huile de maïs ou l’huile de soja en sont bourrées. Ces oméga-6 ne sont pas mauvais en soi. Mais quand on en consomme beaucoup trop par rapport aux oméga-3 (présents dans le poisson gras, les noix), le corps bascule vers un état inflammatoire permanent.
Or aujourd’hui, la plupart des gens consomment dix à vingt fois plus d’oméga-6 que d’oméga-3. Principalement à cause de ces huiles cachées dans les plats industriels, les fritures et les margarines.
Les huiles les plus problématiques
- Huile de tournesol raffinée
- Huile de maïs
- Huile de soja
- Huile de pépins de raisin industrielle
- Huile de colza si industrielle et raffinée
Les alternatives anti-inflammatoires
- Huile d’olive vierge extra
- Huile de coco
- Beurre de qualité
L’alcool
Oui, moi aussi j’aime l’apéro (surtout avec des chips d’ailleurs :D).
J’aime le bon vin aussi et je vis avec un vrai amateur de vin (et bourguignon de surcroît).
Pourtant, il a bien fallu me résoudre à sérieusement lever le pied sur ce petit plaisir.
L’alcool est l’un des rares aliments dont l’effet pro-inflammatoire est unanimement reconnu par la science, quelle que soit la dose.
Quand on boit de l’alcool, le foie le transforme en acétaldéhyde, une substance toxique qui attaque directement les cellules et déclenche une réaction inflammatoire. Le corps se défend, mais si l’alcool revient régulièrement, l’inflammation devient chronique.
L’intestin devient poreux : l’alcool abîme la paroi intestinale et laisse passer des bactéries et toxines dans le sang, ce qu’on appelle le leaky gut. Le système immunitaire s’emballe.
Le foie s’enflamme : c’est lui qui traite l’alcool en priorité. À force, il développe une inflammation qui peut évoluer vers la stéatose, puis la cirrhose.
Le microbiote est perturbé : l’alcool détruit les bonnes bactéries intestinales, ce qui favorise un terrain inflammatoire durable.
Et le vin rouge » protecteur » ?
Le resvératrol du vin rouge a longtemps été vanté. Les études récentes sont beaucoup plus sceptiques : la quantité de resvératrol est trop faible pour compenser les effets inflammatoires de l’alcool lui-même.
Les autres suspects souvent désignés
Parmi les aliments suspectés de provoquer l’inflammation, on retrouve :
les produits laitiers, à cause de la protéine de lait, la caséine, et pas forcément à cause du lactose ;
les produits à base de gluten.
Et là, sincèrement, je ne sais pas quoi te dire à part de voir si ces aliments te conviennent ou pas. Il y a tellement d’études contradictoires que je ne sais plus quoi en penser. Et encore une fois, je ne suis ni médecin, ni scientifique.
Alimentation et lipoedème : on fait quoi alors ?
Je n’ai pas de réponse toute faite pour toi.
Mais voici ce que je te propose.
Tiens un journal alimentaire pendant quelques semaines
Ce qui peut t’aider, c’est de tenir un journal alimentaire.
Pas pour compter tes calories et tes portions, je te vois venir.
Mais pour voir ce qui te fait réagir.
Par exemple, si tu te sens fatiguée après avoir mangé du gluten.
Si tu as pris un kilo après avoir mangé de l’aubergine.
Si tu sens que tu es plus gonflée après avoir mangé du poivron.
Si tu as eu mal à la tête après avoir bu du lait.
Bref, fais un tableau Excel et note ce que tu manges à chacun de tes repas et comment tu t’es sentie après.
Il n’est pas nécessaire de compter tes calories ou de peser tes aliments.
L’idée c’est de voir à quoi tu réagis.
En remplissant ton tableau pendant quelques semaines, tu verras que certains aliments te conviennent mieux que d’autres.
Est-ce qu’il faut alors les exclure à vie ?
Non, pas forcément.
Par exemple, si ta barrière intestinale se répare, tu constateras peut-être que ton corps ne réagit plus aux aliments qu’il ne supportait plus avant.
Des principes souples plutôt qu’un régime strict
Personnellement, j’ai choisi de gérer mon alimentation de manière assez simple. En gros :
- Manger des protéines (viande et pas mal de poissons comme les sardines pour les oméga-3), fibres et bonnes graisses (huile d’olive, beurre) en quantité suffisante.
- Limiter le sucre raffiné.
- Choisir mes occasions de boire de l’alcool (je ne fais plus l’apéro par habitude le vendredi soir mais je peux boire un verre de champagne lors d’une fête ou un verre de très bon vin juste parce qu’il est très bon :D).
- Limiter très fortement les aliments transformés et ultratransformés : ça veut dire privilégier au max les produits bruts.
- Y aller molo sur les produits laitiers (je ne mange plus 3 yaourts par jour comme avant).
- Manger moins de glucides (je privilégie ceux des fruits et légumes et un peu de légumineuses et de patates douces pour le microbiote).
En limitant ma consommation de produits transformés, je limite de facto celle de gluten.
Et si je suis invitée ?
Si on fait exceptionnellement une soirée pizza en famille ?
Si c’est l’anniversaire de mon fils et qu’il y a du gâteau ?
Ben je ne me prends pas la tête et je mange comme tout le monde (bon j’essaie de ne pas trop me gaver quand même).
Parce que je sais que je peux manger des aliments pas top de temps en temps et que c’est ok pour mon corps. C’est le fameux principe du 80/20 appliqué à l’alimentation.
Mais ce n’est peut-être pas ton cas et donc c’est à toi de voir.
L’objectif, c’est de trouver un schéma alimentaire durable, sans tomber dans l’obsession. De nourrir ton corps avec des aliments nutritifs mais aussi d’avoir une vie sociale. Parce que ça aussi c’est important. S’isoler parce qu’on a peur de “craquer” ou de mal manger ne fait pas du bien à notre système nerveux.
Et l’équilibre de notre système nerveux, c’est ce qu’on veut privilégier.
Courage à toi, je sais que ce n’est pas simple.
En matière de lipoedème et d’alimentation, on aimerait toutes avoir une liste d’aliments autorisés et interdits validée. Pour alléger la charge mentale et ne pas avoir à se demander constamment si on fait les bons choix.
Rappelle-toi une chose essentielle : tu n’as pas à punir ton corps parce que tu as mangé des chips ou bu un coup.
L’équilibre alimentaire se fait dans la durée.
Je te dis à bientôt pour un nouvel article.
D’ici là, lipoedème ton corps 😘
Laurence